Dans un contexte où les citoyens attendent plus de transparence de la part de leurs politiques, leur gouvernement et leurs institutions, le système identitaire français répond-il à ce désir de clarté ?

La France, comme l’ensemble des pays, s’identifie de par le monde par des signes et des symboles qui incarnent les valeurs et l’image de notre pays. Notre identité internationale se déploie de manière multiple en suivant une organisation qui est celle des usages et des rites de l’état républicain.

De la présence internationale à la relation avec les citoyens français, notre identité se décline autour d’un ensemble de signes qui exprime le niveau de prise de parole de notre nation et de ses institutions.

La multitude d’identités du système républicain français illustre la complexité du fonctionnement de nos institutions. Ces dernières constituant notre système républicain expriment, à travers leurs identités, des volontés contraires, appartenance et autonomie vis-à-vis de l’identité républicaine

 1 – Le drapeau de la France et ses déclinaisons

Forme et couleurs actuelles (couleurs Pantone : Reflex Blue, Safe et Red 032)

 

Il date de la Ie république, le 22 septembre 1792 précisément. Il est tricolore bleu, blanc, rouge, et symbolise la liberté. Selon la légende, son créateur est Jacques Louis David (peintre du sacre de Napoléon). Il se décline sous d’autres formats que l’original : fanions, écussons…

D’autres déclinaisons ont été opérées ! Notamment lorsque les chefs de l’État et les citoyens français décident de se réapproprier le drapeau : les premiers le relookent à leur effigie, les seconds renouvellent leur attachement.

Certains chefs de l’État français l’ont en effet adapté à leur image : francisque pour le maréchal Pétain, croix de Lorraine pour De Gaulle ou encore faisceau de licteur et couronnes de lauriers pour Valéry Giscard d’Estaing et emblème du chêne et de l’olivier pour François Mitterrand.

Attention, ces déclinaisons ne pouvaient apparaitre que sur les pavillons à la mer et les fanions de voiture. Le drapeau de l’État français ne porte jamais de marque distinctive particulière.

 

Longtemps délaissé car objet de discorde, les français, eux aussi, se réapproprient depuis peu leur drapeau. En témoignent les nombreuses ‘marques d’affections’ envers celui-ci : hausse des ventes après les attentats, filtre bleu-blanc-rouge sur les photos de profils Facebook, pavoisement aux fenêtres et balcons, etc.. : coup de jeune pour l’emblème national !
2 – Marianne, icône de la république

Marianne est la figure symbolique de la République Française, elle est l’icône de la liberté et de la démocratie. Elle apparaît, dès 1877, dans les mairies et au début du 20e siècle, sur les pièces et les timbres.

Contrairement à certains de ses voisins européens ayant opté pour des symboles entièrement guerriers voire agressives (l’aigle ou le lion), La France a fait le choix d’une icône volontaire certes, mais aussi féminine et incarnant une forme de douceur. Marianne est souvent décrite comme « pacifique, nourricière et protectrice ».

Depuis un certain nombre d’années, l’association des maires de France choisit des femmes célèbres pour incarner Marianne.


3 – L’emblème de la présidence de la République Française, l’Élysée

De symbolique guerrière, il n’est en cohérence ni avec la devise qui le signe, ni avec le rôle de rassemblement incarné par la fonction de présidence. Le faisceau de licteur est un emblème très souvent utilisé pour représenter la République française, même s’il n’a aujourd’hui aucun caractère officiel.

Au centre, des faisceaux constitués par l’assemblage de branches longues de chêne (symbole de la justice) et d’oliviers (symbole de la paix), liées autour d’une hache par des lanières. Les faisceaux sont recouverts d’un bouclier sur lequel sont gravées les initiales RF (République française).

 

Ses applications sont un peu fantaisistes (plus ou moins fourni) ou est-ce un manque de maitrise de la charte graphique ?

4 – Le logo de la République Française

Ce logo a été crée en 1999 par le gouvernement Jospin en cohabitation avec le président Chirac. Composé de bleu, de blanc dans lequel apparaît le profil de Marianne et de rouge, il est accompagné de la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » et suivi de la mention République Française.

Il a été piloté, après concours, par l’agence Audour Soum (responsable de projet : Evelyne Soum et création graphique : Isabelle Bauret). Il a été testé auprès du public et de certains fonctionnaires de l’État puis validé par la Sofres.

Cette identité est sensée être utilisée dans toutes les communications des institutions du gouvernement de la République.

Déclinaison pour les ministères français
Mise à part l’agencement et la typographie, nous n’observons pas véritablement de règles dans l’identité visuelle des ministères : fond blanc, fond bleu ou même logo individuel…  Certains montrent un penchant vers l’autonomie : chacun son logo pour exprimer son identité. Exercice pas toujours heureux sur le plan esthétique et pas très cohérent en terme de sens.

Dans certains cas, il peut même y avoir une superposition de logos. Par exemple, l’Agence française pour la promotion de l’enseignement supérieur, l’accueil et la mobilité internationale est sous la tutelle de 2 ministères : le Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères et le Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Pour communiquer, l’agence doit donc apposer les deux logos !


 

 

5 – Les grandes institutions de l’État

a. Le système politique

L’Assemblée Nationale et le Sénat constituent le parlement et représentent donc le pouvoir législatif. Le Conseil Constitutionnel, créé en 1958 pour contrôler étroitement l’activité du Parlement, et progressivement devenu un garant des droits du Parlement, représente lui, le pouvoir de contrôle. Mais bien que n’ayant pas les mêmes pouvoirs, les trois instances arborent les couleurs du pays.

b. Le système juridique

Ici, le système identitaire commence à faiblir. Pour le Conseil d’État, seul le drapeau est présent… Pour la Cour de Cassation, le code tricolore est totalement absent du logotype (bien que ce soit la plus haute instance juridique de l’Etat), ce dernier exprimant, par sa typographie, un monogramme de lettres gothiques issu du « temps des cathédrales ».

c. Les finances publiques

Même chose du côté des institutions financières. Le Conseil Économique Social & Environnemental s’inscrit dans les codes identitaires nationaux mais ce n’est pas le cas pour la Cour des comptes dont le logo s’apparente à une marque de « coffre-fort », et pour l’Inspection Générale des Finances.


Nous constatons que les grandes institutions, à travers leurs identités, n’expriment jamais une promesse, un engagement ou un élément de compréhension liés à leurs missions.


CONCLUSION
Le code tricolore est le seul code qui permet de faire le lien avec le public entre les identités de toutes ses différentes institutions.

Les différentes identités présentées montrent, sur le plan sémantique, un vrai penchant pour les initiales et les acronymes, forme muette d’une identité et le plus souvent uniquement comprise par un public restreint et concerné. Systèmes de marque peu ou pas communiquant pour un citoyen désemparé face à la compréhension d’une organisation étatique déjà complexe.

L’architecture de bâtiments classiques illustre les logos de certaines institutions situées dans des lieux historiques de la capitale. Exprimant le caractère très solennel de l’institution.


Découvrez bientôt « Identité corporate : la marque France » partie II.
La suite des grandes institutions de l’État : la défense (Armées ? Armé ?), la police, les services de sécurité de la République.